A propos de la viande…

Fin de la série “développement personnel” avec le workshop “Eat your heart out“. Nous revenons doucement à la politique, à la santé et au social : “Riots not diets” !

2 décembre 2018, 65 000 personnes sont dans les rues de Bruxelles pour une grande manifestation en faveur du climat. J’observe dans la foule des groupes avec des couleurs et des slogans différents, des gens qui rigolent ensemble, d’autres qui s’échauffent, des leaders, des électrons libres, des personnages politique qui serrent des pinces etc. Mais j’observe surtout très peu de diversité culturelle et sociale. Sauf un groupe : le groupe militant vegan qui porte haut et fort des slogans particulièrement disruptifs et s’autorise à remettre en question son appartenance au mouvement environnemental… Tiens, un mouvement qui sort du lot, pourquoi ?!

Les environnementalistes

La vision environnementale sur la question de l’alimentation est centrée sur l’agriculture principalement. Aller d’un modèle “agriculture intensive” vers un modèle “agroécologique”.

C’est un gros résumé évidemment mais c’est en substance ce qui se joue. L’agroécologie demande de penser l’agriculture plus intelligemment en utilisant des techniques naturelles favorables pour la biodiversité. Elle demande aussi de penser “circuits fermés” et souveraineté alimentaire (le droit à une alimentation durable pour nourrir un peuple). Elle se veut être une réponse à la sortie d’une agriculture pensée en faveur de l’agro-industrie. Les environnementalistes considèrent qu’il n’est pas encore possible d’arrêter de produire de la viande. La masse des citoyen.nes n’est pas encore prête, les fermier.es non plus. Nous avons encore besoin de nourrir tout le monde et de proposer une transition douce pour tous les corps de métiers. Mais l’enjeu environnemental est réel, il faut donc agir, l’agroécologie est un pas dans le bon sens.

Aussi, les environnementalistes ayant une conscience globale et systémique de la problématique, iels partent du principe que la résolution de la crise climatique n’est pas mono sujet. C’est en faisant des pas dans le bon sens sur tous les sujets sociétaux que nous pourrons enrayer la crise : Mobilité, santé, aménagement du territoire, énergie, nature, tourisme, démocratie… De nouveau, iels sont en faveur de la théorie des petits pas pour que les changements soient dans le calme, vertueux et durables (dans le temps).

Les downsides de cette position dans une société gouvernée par le capital et la technologie ? Des pressions des lobbys et syndicats extrêmement fortes qui font blocage sur l’idée même d’une transition agricole. Une pression financière très forte sur les agriculteu.rices qui osent montrer l’exemple. Des lois et décisions politico-économiques incohérentes qui mettent les personnes en transition dans des situations problématiques humainement.

Les vegan

Sur la question de l’agriculture, les vegan ne se positionnent pas vraiment. Iels se positionnent plutôt sur la question de la violence animale.

A l’époque de l’ère agricole, les êtres humain.es se sont sédentarisés grâce à l’agriculture et au bétail. Ce dernier étant, à l’époque, une façon pour elleux de subvenir à leurs besoins en restant à un seul et même endroit. Certain.es voient cette relation à l’animal comme une collaboration vertueuse : je prends soin de toi, tu me nourris. D’autres, comme un rapport de pouvoir (tu m’appartiens, tu es ma ressource)*. La différence entre les deux ? L’intention et le respect qui sont mis dans la relation.

Si à l’époque tuer un animal pour le manger était rare, une célébration, un acte respectueux, partagé en communauté et parfois une question spirituelle également, la situation est bien différente aujourd’hui. La maltraitance animale à l’heure de la consommation de masse est courante, on ne compte plus les vidéos choquantes à ce sujet. La position des vegan est donc de prôner une alimentation à base de plantes et de protéines végétales uniquement. Le but étant de couper court à ce rapport à l’animal problématique. (TW vidéo ci-dessous – violence animale).

Les downsides de cette position dans une société qui produit encore massivement de la viande ? Import/export de matières premières donc transport coûteux en CO2. Les options végétales sont encore peu nombreuses dans les restaurants. Il y a donc une difficulté à concilier vie sociale et valeurs. Prise en main du sujet par l’industrie agro-alimentaire qui propose des produits de substitution sur-emballés, coûteux et non naturels.

*Aparte : Si vous faites le lien avec la relation entre deux adultes dans le foyer, vous êtes probablement écoféministe.

La question santé dans tout ça ?

Avec tout ça, la santé semblerait tout de même plus en faveur des environnementalistes. Mais comme on le sait très bien, la nutrition n’est pas une science parfaite. Elle s’adapte elle aussi au plus grand nombre dans ses recommandations globales et évolue lentement. Et surtout, un vrai équilibre santé et nutritionnel est une question individuelle et non globale. Ce qui fonctionne pour une personne A, ne fonctionne pas pour une personne B.

Du côté des habitudes alimentaires, on s’inquiète souvent dans le cas des vegan de l’équilibre de la vitamine B12. La nutrition conseille donc une supplémentation synthétique à hauteur de 10 à 25 μg par jour. Une autre inquiétude est l’apport de protéines journalier. Pour un adulte actif cet apport doit représenter l’équivalent de 15 à 20% de l’apport total. C’est à dire environ 75g (Attention, ne pas prendre ce chiffre à défaut, c’est une moyenne) avec le rapport entre protéines végétales et animales suivant : 2/3 végétal, 1/3 animal.

La nutrition rappelle par contre du côté des omnivores, de favoriser les cuissons à basse température et éviter à tout prix la réaction de maillard (cuisson très haute température type barbecue ou snacking).

Pourtant nous savons aussi que des communautés vivent avec des habitudes alimentaires vegan depuis des générations un peu partout dans le monde. Pourquoi pour les occidentaux c’est problématique ? Réponse de la génétique (je caricature) : Parce que nous, les européens, nous venons d’une lignée de mangeurs de protéines animales. Notre patrimoine génétique est ancré dans cette ancienne réalité, notre corps sait comment puiser ses macronutriments dans des habitudes omnivores. Un changement radical dans nos habitudes alimentaires peut augmenter notre stress oxydant et ainsi entrainer des déséquilibres qui vont nous rendre carencé.es, fatigué.es, apathiques… C’est en substance la théorie.

Conclusion

Il semble qu’au niveau politique, lorsqu’on est sur un conflit de valeurs et de méthodes, on peut se retrouver dans un même lieu pour discuter, mais on doit reste vigilant.e. L’expression “seul.e on va vite, ensemble on va loin” est certainement très romantique et oublie “qu’ensemble” on doit surtout faire des compromis qui demandent beaucoup de communication et favorisent toujours plus une partie que l’autre (celle qui se rapproche le plus de la “norme” ou celle qui est en majorité de nombre). Pourtant c’est certainement dans le rassemblement des pensées qu’on pourra fabriquer “notre révolution”.

Dans le cadre de mon rôle de conseillère en nutrition humaine, je crois fort au pouvoir de l’individualité (et non l’individualisme) au service du collectif. Autrement dit “Soi toi-même, bats toi pour ce en quoi tu crois, l’univers te le rendra” (mais attends toi à ce que les essais/erreurs soient franchement à côté de la plaque pendant un certain temps). Je pense que c’est en fait très vrai en ce qui concerne notre alimentation individuelle. Tant qu’on est dans la bonne humeur, le respect et la découverte à au moins 50%, c’est vertueux. Quand on rentre dans la contrainte à 60% ou plus, même pour des raisons de valeurs, on risque les troubles du comportement alimentaire et l’extinction du feu sacré.

Pour trouver votre vérité alimentaire, ensemble on met des mots sur vos valeurs, vos besoins et vos limites et on travaille sur l’exploration, le goût et le mouvement… Prêt.es ?

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